Bien préparer son projet de reconversion professionnelle avant de démissionner
Orientation et Évolution Professionnelle

Bien préparer son projet de reconversion professionnelle avant de démissionner

11 janvier 2026 8 min de lecture

Quitter un CDI sans filet pour changer de métier reste l’une des décisions les plus stressantes de la vie professionnelle. Beaucoup hésitent, persuadés qu’une démission ferme automatiquement l’accès à l’allocation chômage.

Plan de l’article

Quitter un CDI sans filet pour changer de métier reste l’une des décisions les plus stressantes de la vie professionnelle. Beaucoup hésitent, persuadés qu’une démission ferme automatiquement l’accès à l’allocation chômage.

Cette crainte est légitime, mais incomplète. Depuis plusieurs années, un cadre légal précis permet de sécuriser une reconversion professionnelle à condition d’anticiper et de suivre les bonnes étapes. Le dispositif démission-reconversion ne s’improvise pas.

Si vous avez un projet réel et réfléchi, validé en amont, il est possible de démissionner sans renoncer à vos droits auprès de France Travail. L’enjeu n’est pas de partir vite, mais de partir juste, avec une décision éclairée et des démarches maîtrisées.

Comprendre le dispositif démission-reconversion

Démissionner pour changer de voie n’est plus un saut dans le vide. Depuis quelques années, le dispositif Démission-reconversion offre un cadre légal aux salariés qui souhaitent quitter leur emploi pour mener un projet professionnel solide, tout en conservant un filet de sécurité.

Le principe est clair : sécuriser les transitions. L’État reconnaît qu’une reconversion ou une création d’entreprise peut nécessiter de quitter son poste… à condition que le projet soit réel, structuré et validé en amont par un organisme compétent, Transitions Pro.

Aucune statistique publique consolidée ne détaille précisément le nombre de projets acceptés ou refusés. Ce flou peut inquiéter. Il souligne surtout une chose : la qualité de la préparation fait la différence.

À qui s’adresse ce dispositif

Le dispositif vise un public bien défini. Il s’adresse exclusivement aux salariés en CDI du secteur privé, quelle que soit la taille de l’entreprise. Les travailleurs indépendants, les agents de la fonction publique ou les salariés en CDD en sont exclus.

Autre point de vigilance : il faut être en poste au moment de la demande. Une démission anticipée, même de quelques jours, suffit à rendre le dossier irrecevable.

Remplir les conditions pour démissionner en toute sécurité

Avant toute lettre de démission, un passage au crible s’impose. Les conditions d’éligibilité sont précises et non négociables. Les ignorer, c’est prendre le risque d’un refus net.

  • Justifier d’au moins 5 ans d’activité salariée continue au cours des 60 derniers mois.
  • Construire un projet de reconversion ou de création d’entreprise crédible et documenté.
  • Faire valider ce projet avant la démission par la commission compétente.
  • S’inscrire ensuite comme demandeur d’emploi auprès de France Travail.

Dans la pratique, de nombreux refus proviennent d’un mauvais timing. Une démarche lancée trop tard, ou une démission donnée trop tôt, et tout s’effondre.

Ancienneté et continuité de l’activité

La règle des 1300 jours travaillés correspond à une activité salariée continue sur cinq ans. Attention, toutes les périodes ne comptent pas. Les congés sans solde prolongés, certaines interruptions non justifiées ou périodes d’inactivité peuvent casser la continuité.

Un conseil simple : faites vérifier ce point dès le départ par un conseiller. Mieux vaut lever un doute que réparer une erreur.

Construire et faire valider un projet réel et sérieux

Ici, on entre dans le cœur du dispositif. Le projet n’est pas jugé sur son originalité, mais sur sa cohérence. Et surtout sur sa faisabilité.

L’accompagnement par le Conseil en évolution professionnelle est gratuit et déterminant. Le conseiller vous aide à clarifier vos objectifs, à explorer le marché, à mesurer vos compétences et à formaliser le tout dans un dossier solide.

Une fois prêt, le dossier est transmis à Transitions Pro, qui examine la demande. Description du projet, étude du parcours, moyens de mise en œuvre : rien n’est laissé au hasard. Pour aller plus loin sur la méthode, vous pouvez consulter ce guide détaillé pour réussir sa reconversion professionnelle étape par étape.

Délais et décision de la commission

Après le dépôt du dossier, la commission dispose d’un délai de 2 mois pour rendre sa décision. Si aucune réponse n’est donnée dans ce laps de temps, la validation est considérée comme acquise. On parle alors de décision tacite.

En pratique, les délais varient selon les régions. Certains candidats obtiennent une réponse en quelques semaines, d’autres attendent jusqu’à la date butoir. D’où l’intérêt d’anticiper largement.

Percevoir l’allocation chômage après la démission

Une fois le projet validé et la démission effective, l’inscription auprès de France Travail est indispensable. Elle conditionne l’accès à l’ARE, l’allocation chômage.

Le versement n’est pas automatique. Il dépend du respect strict de toutes les étapes précédentes et des règles classiques d’indemnisation. Montant, durée, différé : les paramètres restent identiques à ceux d’une fin de contrat ouvrant droit au chômage.

Un détail souvent oublié : vous devez rester engagé dans la réalisation du projet validé. Un abandon sans justification peut entraîner la suspension des droits.

Repères pratiques sur le dispositif expliqués par Transitions Pro

Pour mieux saisir l’esprit du dispositif et les attentes des commissions, l’éclairage direct d’une représentante de Transitions Pro Hauts-de-France est particulièrement utile. Les repères partagés permettent de comprendre ce qui fait la différence entre un dossier fragile et un dossier convaincant.

On y insiste notamment sur l’importance de l’accompagnement, souvent compris à tort comme une formalité, alors qu’il structure toute la démarche.

Envisager d’autres pistes de reconversion professionnelle

La démission-reconversion n’est pas la seule porte d’entrée vers un nouveau projet. Selon votre situation, d’autres dispositifs peuvent s’avérer plus adaptés : formation pendant le temps de travail, CPF, mobilité interne, ou transition progressive.

Certaines reconversions, notamment la reconversion vers le numérique, s’appuient sur des parcours intensifs et modulables. À ce sujet, ce dossier sur la reconversion vers le numérique et ses métiers offre des pistes concrètes pour comparer les options.

Prendre le temps d’explorer ces alternatives, c’est parfois éviter une démission… ou mieux la préparer.

Quel préavis respecter lors d’une démission pour reconversion professionnelle ?

Le préavis à respecter est celui prévu par votre contrat de travail ou votre convention collective. Le dispositif de démission-reconversion ne modifie en rien cette règle. Vous devez donc anticiper sa durée (souvent de un à trois mois) pour caler le calendrier de votre projet. Une négociation avec votre employeur reste possible pour réduire ou supprimer le préavis, mais elle doit être formalisée par écrit. Attention : démissionner avant la validation officielle de votre projet peut entraîner un refus d’indemnisation par France Travail.

Que faire en cas de refus de la commission ?

En cas de refus, vous ne devez pas démissionner, car cela vous priverait du droit à l’ARE. La première option consiste à retravailler votre projet avec un conseiller en évolution professionnelle afin de lever les points bloquants (financement, débouchés, cohérence du parcours). Vous pourrez ensuite déposer une nouvelle demande auprès de Transitions Pro. Aucun délai minimal n’est imposé, mais un projet révisé et mieux argumenté augmente vos chances d’acceptation. D’autres alternatives existent aussi, comme une reconversion sans rupture de contrat.

Le dispositif est-il accessible aux agents de la fonction publique ?

Non, le dispositif de démission-reconversion est réservé aux salariés en CDI du secteur privé. Les agents de la fonction publique ne sont donc pas éligibles à ce cadre précis d’indemnisation par France Travail. Cela ne signifie pas qu’aucune solution n’existe : selon votre statut (titulaire ou contractuel), d’autres dispositifs peuvent être mobilisés, comme la disponibilité, le congé de formation ou des aides spécifiques à la mobilité professionnelle. Un accompagnement personnalisé reste indispensable pour identifier la meilleure option.

Décider de démissionner avec méthode

La démission pour reconversion n’est ni un passe-droit ni un pari risqué. C’est un parcours encadré qui repose sur l’anticipation, la cohérence du projet et le respect strict des démarches. Chaque étape compte, de l’accompagnement initial jusqu’à l’inscription auprès de France Travail.

Faire valider son projet avant de rompre son contrat change tout. Cela permet de transformer une envie de changement en trajectoire sécurisée, avec des droits maintenus et un calendrier maîtrisé. Le rôle des conseillers et des commissions n’est pas de freiner, mais de structurer.

Si vous hésitez, prenez le temps de comparer les options, d’évaluer les délais et de vous entourer des bons interlocuteurs. Une reconversion réussie commence bien avant la lettre de démission, par une décision posée, informée et alignée avec votre réalité.

En résumé

Quitter un CDI sans filet pour changer de métier reste l’une des décisions les plus stressantes de la vie professionnelle. Beaucoup hésitent, persuadés qu’une démission ferme automatiquement l’accès à l’allocation chômage.Cette crainte est légitime, mais incomplète. Depuis plusieurs années, un cadre légal précis permet de sécuriser une reconversion professionnelle à condition d’anticiper et de suivre les bonnes étapes.

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